Enquête sur l’état de santé des travailleurs en Guyane - mars à juillet 2008
Dossiers
Enquête sur l’état de santé des travailleurs en Guyane - mars à juillet 2008

Les résultats complets de cette enquête sont disponibles sur simple demande à la DTEFP de Guyane.
Introduction
Dans le cadre de l’élaboration du Plan Régional Santé Travail (PRST) 2007-2009, déclinaison du plan national, la Direction du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (DTEFP) a été amenée à concevoir, en collaboration avec ses partenaires, un certain nombre d’actions en matière d’amélioration de la santé au travail.
Comme tout plan d’action, le PRST aurait dû s’appuyer sur un diagnostic de l’état de la santé des travailleurs en Guyane. Or, compte tenu du peu de données disponibles en la matière, le principe d’une enquête portant sur l’état de santé des travailleurs en Guyane a été adopté.
Objectifs
Cette enquête avait pour but d’établir une photographie, à un moment donné, de l’état de santé des travailleurs en Guyane. Il a été décidé de se baser sur des données recueillies auprès des salariés, eux-mêmes, par voie de questionnaire, au cours des visites médicales. Cette enquête a donc été réalisée avec le concours des médecins du travail et de leurs secrétaires.
Au-delà du diagnostic, il s’agissait de pouvoir déterminer des pistes d’action dans le cadre du PRST, avec, comme objectif, de contribuer à l’amélioration des conditions de travail et de l’état de santé des travailleurs en Guyane.
Méthode
Le recueil des données a été réalisé à l’aide d’un questionnaire élaboré conjointement par la DTEFP et les médecins du travail de Guyane. Le questionnaire utilisé dans le cadre d’une enquête de suivi des salariés, mise en place dans certaines régions de métropole, dénommée EVREST (EVolution et RElations en Santé au Travail), a servi de base à ce travail. Il a toutefois été nécessaire de l’amender.
Le document final se décompose en deux parties :
La première, remplie par le secrétariat médical, concerne des
renseignements généraux sur le salarié ;
La seconde, complétée par le médecin du travail, concerne plus
précisément l’état de santé du salarié.
Ces questionnaires étaient strictement anonymes. Les salariés ont reçu une information, par oral et par écrit, sur les objectifs et les modalités de l’enquête et avaient, bien entendu, la possibilité de refuser de répondre. Le questionnaire était proposé à un salarié sur deux. Cette enquête a fait l’objet d’une déclaration auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL).
Champ de l’enquête
Les salariés concernés ont été ceux rentrant dans le champ
d’application du PRST, c’est-à-dire les salariés employés par
des établissements contrôlés par les services d’inspection du
travail : entreprises privées, y compris du secteur agricole.
Les agents de la fonction publique hospitalière ont fait également
partie du champ de l’enquête, ces établissements étant contrôlés
par l’inspection du travail sur le domaine de la santé au travail.
Il en va de même pour ceux de La Poste.
Par contre, les agents de la fonction publique d’Etat et ceux de
la fonction publique territoriale ont été exclus.
Détermination de l’échantillon
La taille de l’échantillon souhaitée était de 1500 salariés.
Cette taille a été déterminée en se basant sur :
la taille de la population salariée d’après les données Assedic ;
sur le nombre de médecins du travail en Guyane ;
sur le nombre de salariés pouvant être « enquêtés » par semaine
et par médecin ;
sur la durée raisonnablement possible et souhaitable de l’enquête.
Cet échantillon a, ensuite, été réparti entre les différents services en
tenant compte de :
la population salariée suivie par chaque service ;
la structure de cette population ;
le nombre de médecins dans chaque service.
La répartition des salariés à enquêter a été établie de la façon
suivante :
Centre Interprofessionnel de Santé au Travail de Cayenne
(CISTC) : 930 salariés ;
Service interentreprises de Santé au Travail de Kourou et de
l’Ouest Guyanais (STKOG) : 465 salariés ;
Centre hospitalier de Cayenne : 105 agents.
La durée de l’enquête a été initialement fixée à 4 mois.
Déroulement de l’enquête
L’enquête a débuté le 3 mars et s’est poursuivie jusqu’au 18 juillet 2008. Sur cette période 1097 questionnaires ont été remplis, soit 73% de l’objectif recherché. Elle a donc duré un peu plus de 4 mois pour se rapprocher le plus possible de la taille souhaitée de l’échantillon. La période retenue était sans doute un peu trop limitée, compte tenu des emplois du temps des médecins. De plus, les changements de personnels intervenus au STKOG n’ont pas été favorables au bon déroulement de l’enquête.
Une base de données a été créée sous ACCESS avec le concours du CISTC. L’analyse des résultats a été réalisée conjointement par la DTEFP et le CISTC.
Résultats
Caractéristiques de l’échantillon
1097 questionnaires ont été remplis, parmi lesquels 206 n’ont pu être exploités :
25 en raison d’une impossibilité linguistique ;
43 refus de réponse du salarié ;
138 questionnaires étaient incomplets.
L’échantillon est ainsi constitué de 891 questionnaires exploités, soit 81% du total.
La répartition régionale a cependant été biaisée par les difficultés de personnels du STKOG, évoquées précédemment. En effet, 83% des questionnaires exploités ont été remplis par le CISTC qui n’aurait dû représenter dans l’échantillon que 62% pour respecter la répartition géographique des effectifs salariés.
L’échantillon se compose de 62% d’hommes et 38% de femmes. Cette répartition est presque identique à celle de l’ensemble de la population salariée de Guyane donnée par les chiffres Assedic (Source Assedic : fichier de la statistique annuelle des établissements affiliés – année 2007), à savoir : 63% d’hommes et 37% de femmes.
La répartition par tranche d’âge s’établit à 59% pour les 18-39 ans et 39% pour les 40-59 ans. Les salariés de plus de 60 ans ne représentent que 2% de notre échantillon. Les données relatives à cette répartition sur l’ensemble de la population salariée guyanaise ne sont pas disponibles.
Dans notre échantillon, 24% des effectifs travaillent dans des entreprises de moins de 10 salariés, 39% dans des entreprises de 10 à 50 salariés et 37% dans des entreprises de plus de 50 (Graphique 1). Cette répartition ne reflète pas véritablement la structure de la population salariée globale de Guyane.

En effet, si la tranche des 10-50 est représentée de façon similaire (40% de la population salariée totale pour 39% ici), les salariés provenant des entreprises de moins de 10 salariés sont sous représentés puisqu’ils représentent ici 24% contre 35% dans la population salariée totale. A l’inverse, bien sûr, les entreprises de plus de 50 salariés sont sur représentés. (Source Assedic : fichier de la statistique annuelle des établissements affiliés – année 2007). La répartition de notre échantillon par type d’emploi occupé et par type de contrat est représentée par les graphiques 2 et 3. Pour ces éléments, les données comparatives sur l’ensemble de la population salariée guyanaise ne sont pas disponibles.


En ce qui concerne la répartition par activités (Graphique 4), 5 familles professionnelles sont représentées avec un effectif salarié supérieur à 5%. Cette représentation est presque identique à la répartition de la population globale (Source Assedic : fichier de la statistique annuelle des établissements affiliés – année 2007).

Visites médicales
Pour 48% des salariés, il s’agissait de la première visite médicale avec leur entreprise actuelle. Ce chiffre très élevé montre une rotation importante du personnel.
Il peut aussi s’expliquer par les actions des différents services concernés, visant à ce que les entreprises se mettent en règle avec leurs obligations en matière de médecine du travail. A l’inverse, on constate que dans 11% des cas (101 salariés), la visite médicale précédente remonte à plus de 2 ans.
Rappelons que, selon le cas, les visites médicales sont obligatoires au moins tous les ans (SMR : surveillance médicale renforcée) ou au moins tous les deux ans (SMO : surveillance médicale ordinaire).
Les cadres semblent un peu plus concernés par ces dépassements de délais. De plus, 42 des 101 salariés concernés étaient en SMR. Pour ces 101 salariés, les règles en matière de médecine du travail, ne sont pas respectées. Dans notre échantillon, nous observons une quasi parité entre les salariés classés par le médecin du travail en SMO (441) et ceux classés en SMR (450).
Renseignements médicaux
Dans l’année qui a précédé la visite médicale, 70% des salariés ont consulté leur médecin traitant. Les femmes ont consulté davantage que les hommes (83%). On constate également que les intérimaires consultent beaucoup moins (56%). Peut être y a-t-il un lien avec leur statut précaire - Plus du quart des salariés (27%) ont eu un arrêt de maladie dans l’année précédente. Les femmes ont été arrêtées un peu plus (32%) que les hommes (25%), par contre, il n’y a aucune différenciation en fonction de l’âge. De même, la précarité semble décourager la prise d’un congé de maladie, puisque 17% seulement des salariés sous statut précaire (CDD et intérimaires) ont eu recours à un arrêt de maladie.
Parmi les 891 salariés de notre échantillon, 56 (6%) ont déclaré un accident du travail et 6 (1%) une maladie professionnelle. L’enquête montre également que 57% des salariés pour lesquels des vaccinations sont obligatoires répondent à ces obligations.
Tabagisme
25% des salariés fument. Ce chiffre semble raisonnablement bas et, en tous cas, inférieur à la métropole où l’on comptait, fin 2006, plus de 30% de fumeurs chez les plus de 18 ans. (Source : étude BVA réalisée pour l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES)).
Les hommes fument plus que les femmes (28% contre 21%) et les populations jeunes fument davantage. On peut également constater que les cadres fument davantage que les autres catégories professionnelles.
Surcharge pondérale
Avec un Indice de Masse Corporelle (IMC) supérieur à 25, 52% des salariés sont en situation de surcharge pondérale (Graphique 5). Toutefois, seuls 14% peuvent être considérés comme obèses, avec un IMC supérieur à 30.

Dans la tranche de 25 à 30, les hommes sont en plus grand nombre, 41% contre 32% pour les femmes. Par contre, les femmes ont un peu plus tendance à l’obésité avec 16% qui ont un IMC supérieur à 30.
L’âge favorise la surcharge pondérale. Le phénomène de surpoids est plus important que pour la France entière.
En effet, nous avons 52% de la population de notre échantillon qui est en surpoids, (IMC>25) contre 42% pour la France. (Source : enquête ObÉPI-Roche 2006 - L’obésité et le surpoids en France).
Etat de santé
Seuls 9% des salariés estiment être en mauvaise santé. Ce chiffre plutôt faible est rassurant, même s’il s’agit d’une donnée subjective. En ce qui concerne les femmes, cette proportion est un peu plus élevée avec 11%. Elle augmente également avec l’âge.
Cependant, 68% des salariés (soit plus des deux tiers) qui s’estiment en mauvaise santé affirment que leur travail a une part de responsabilité dans leurs problèmes. Cette proportion est particulièrement importante.
Par rapport à l’échantillon global, les salariés qui s’estiment en mauvaise santé ont davantage consulté leur médecin traitant et la moitié d’entre eux a eu un arrêt de maladie. Comme en écho à l’actualité, plus du quart des salariés de l’échantillon (27%), estime avoir du stress au travail.
Les femmes et les salariés de plus de 40 ans sont plus affectés par ce problème. Ce ressenti se concrétise par un recours au médecin traitant plus important (79%) et des arrêts de maladie plus nombreux (38%).
Caractéristiques des postes de travail
En moyenne, 39% des salariés estiment que leur poste de travail présente une charge physique importante (Tableau I). Ce résultat paraît très élevé. L’analyse par activités professionnelles permet de mettre en évidence que les métiers des secteurs de la construction (code NAF 45), de la santé et de l’action sociale (code NAF 85) et du commerce gros et détail (codes NAF 51 et 52), sont les plus exposés à ces contraintes physiques.

Il y a là une parfaite adéquation avec les secteurs visés par la campagne européenne d’inspection et de communication sur la manutention manuelle, lancée à l’initiative du Comité des Hauts Responsables de l’Inspection du Travail (CHRIT) en 2007 et 2008.
En ce qui concerne les expositions au poste de travail (Tableau II), les problèmes liés au contact avec le public, aux contraintes visuelles, au bruit et à la conduite routière, sont les plus fréquemment cités.

8% des salariés estiment ne pas avoir d’équipements de protection individuelle (EPI) nécessaires à leur travail ; la fourniture de ces équipements étant moins fréquente dans les petites entreprises.
Problèmes de santé
Les résultats (Tableau III) sur les problèmes de santé présentés par les salariés de notre échantillon, montrent une prépondérance des problèmes de fatigue, d’anxiété et de troubles du sommeil. On note également de gros problèmes ostéo-articulaires avec en point d’orgue, un quart des salariés qui souffre d’un problème de rachis.

Dans les deux cas, il est intéressant de noter que pour plus de la moitié des salariés concernés, ces problèmes créent une gêne dans le travail.
Par ailleurs, 28% des salariés se sont vus conseillés une consultation ophtalmologique. On constate ainsi une insuffisance marquée du suivi ophtalmologique qui peut être liée à l’insuffisance de l’offre médicale dans ce domaine. Enfin, 8% des salariés ont une tension artérielle supérieure à 140/90. Cette HTA est connue dans 78% des cas, mais soignée dans seulement 58% des cas.
Examen des corrélations entre les problèmes de santé et les caractéristiques du poste de travail
Problèmes de stress au travail
En croisant les données (Tableau IV), on cherche à déterminer, parmi les salariés qui déclarent souffrir de problèmes de fatigue, lassitude, anxiété, nervosité, dépression et troubles du sommeil, combien déclarent également occuper un poste de travail dans lequel ils sont soumis à des pressions psychologiques et combien estiment avoir du stress au travail.

On constate que dans plus de 40% des cas, les salariés qui déclarent souffrir de problèmes neuro-psychiques, occupent un poste de travail dans lequel ils estiment subir des pressions psychologiques et dans plus de 60% des cas, ils estiment avoir du stress au travail. Il y a donc une probable corrélation entre les troubles neuro-psychiques déclarés par les salariés, et diagnostiqués par un médecin dans 30% des cas, et leur activité professionnelle.
Problèmes ostéo-articulaires
En croisant les données (Tableau V), on cherche à déterminer, parmi les salariés qui déclarent avoir des problèmes d’épaule, par exemple, combien ont un poste de travail qui les expose à des facteurs générateurs de problèmes ostéo-articulaires, autrement appelés Troubles Musculo-Squelettiques (TMS).

Les facteurs d’exposition retenus ont été les postures contraignantes, efforts, port de charges lourdes, gestes répétitifs, vibrations et conduite routière.
On constate que 41%, en moyenne, des salariés qui déclarent avoir des problèmes d’épaule, occupent un poste de travail dans lequel ils sont soumis à l’un des facteurs d’exposition cidessus. Il en est de même pour 41% des salariés qui ont des problèmes de coude, 35% pour le poignet, 41% pour les membres inférieurs et, enfin, 38% pour le rachis. On voit qu’en moyenne, dans 40% des cas, il semble y avoir une corrélation très forte entre les problèmes ostéo-articulaires et l’emploi occupé.
Problèmes de bruit
En croisant les données, on constate que parmi les salariés déclarant avoir des problèmes de surdité, 79% d’entre eux sont exposés à une gêne sonore et 47% à un bruit important à leur poste de travail. Il semble y avoir, là encore, un lien direct entre la pathologie constatée et le poste de travail occupé.
Conclusion
En l’absence de données disponibles, il n’est pas possible d’être affirmatif quant à la représentativité de notre échantillon par rapport à la population salariée totale de Guyane. Cependant, certains éléments de concordance, comme les répartitions par sexe et par code NAF, permettent d’être confiant dans la fiabilité des résultats.
Si l’on peut mettre en évidence quelques particularités régionales comme celles relatives au tabagisme ou au problème du surpoids, en revanche, du point de vue des problèmes de santé des salariés liés à leurs activités professionnelles, nous n’avons pas décelé de particularités par rapport à la situation nationale.
En effet, cette étude confirme l’importance des TMS avec leur concrétisation par l’existence de pathologies ostéo-articulaires bien réelles. Elle confirme également, dans une moindre mesure, que les problèmes de santé liés à l’exposition au bruit sont toujours présents. Enfin, cette étude permet de mesurer l’importance que prennent, aujourd’hui, les risques psychosociaux (stress, harcèlement, épuisement professionnel…) dans nos collectifs de travail et toute la souffrance qu’ils engendrent.
Ces trois sujets (TMS, bruit et risques psychosociaux) sont d’ores et déjà au coeur des préoccupations des préventeurs qu’ils soient européens ou nationaux, et figurent dans leurs programmes d’action.
En France, on les retrouve notamment dans les programmes d’action du Ministère du travail, de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) et de l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT). En Guyane, ces sujets pourront constituer trois axes d’actions prioritaires pour tous les préventeurs.
Ces actions pourront être élaborées dans le cadre du PRST et mises en oeuvre après validation par le Comité Régional de la Prévention des Risques Professionnels (CRPRP).
Nous tenons à remercier l’ensemble des médecins du travail de Guyane et leurs secrétaires pour leur précieuse collaboration. Nous remercions également les services de santé au travail qui leur ont donné les moyens de participer à cette enquête et tout particulièrement le CISTC qui a créé et géré la base de données. Nous adressons des remerciements tout particuliers à Marie-Line De Lavigne, du CISTC qui a saisi tous les questionnaires dans la base et en a extrait les résultats. Enfin, merci à Monsieur le Professeur André Spiegel, Directeur de l’Institut Pasteur de Cayenne pour ses précieux conseils.

